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Maroc : les familles des disparus dénoncent l’impunité du Makhzen et réclament vérité et justice

La mémoire des victimes des  » Années de plombdemeure un lourd passif pour le pouvoir marocain, dimanche 30 août, à l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparitions forcées, des familles de disparus, accompagnées de militants des droits humains et de représentants de la société civile, ont investi l’espace public à Rabat pour dénoncer l’absence de vérité sur plusieurs dossiers et réclamer que les responsabilités soient enfin établies.

La mobilisation intervient dans le cadre d’une campagne nationale lancée le même jour et appelée à se poursuivre jusqu’au 29 octobre sous le slogan « Vérité – Mémoire – Justice – Non-répétition « . Elle est portée par le Forum marocain pour la vérité et la justice, l’Association médicale pour la réhabilitation des victimes de la violence et de la torture, ainsi que par des familles de disparus et plusieurs organisations engagées dans la défense des droits humains.

Au-delà de l’hommage rendu aux victimes, les manifestants ont dénoncé ce qu’ils présentent comme un système de répression ayant permis, sous le régime du Makhzen, les enlèvements, les détentions secrètes, la torture et les disparitions de personnes considérées comme opposantes au pouvoir. Pour les familles, le temps écoulé ne saurait constituer une justification pour maintenir le silence sur des faits dont elles réclament toujours la pleine élucidation.

Les portraits des disparus ont occupé une place centrale lors du rassemblement, des fleurs ont été déposées et des bougies allumées en leur mémoire, tandis que des chants et des interventions artistiques ont accompagné la mobilisation. Une mise en scène volontairement symbolique pour rappeler que derrière les dossiers administratifs et les chiffres se trouvent des vies brisées et des familles demeurées pendant des années sans réponse.

La question des sépultures constitue également l’une des principales revendications. Les organisations mobilisées demandent la révélation de l’emplacement des tombes et des fosses communes, l’identification des dépouilles et la publication des résultats des analyses ADN. Elles réclament parallèlement des investigations sérieuses susceptibles de déterminer les circonstances des disparitions et d’établir la responsabilité des auteurs et des décideurs impliqués.

L’ampleur du contentieux reste illustrée par les chiffres avancés par l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Selon l’organisation, 153 dossiers relatifs à des disparitions forcées restent ouverts auprès du Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires. L’AMDH considère que les réponses fournies par les autorités marocaines n’ont pas permis de régler définitivement ces affaires.

Pour les défenseurs des droits humains, cette situation révèle les limites du traitement officiel de l’héritage des « Années de plomb « . Ils reprochent notamment aux autorités de ne pas avoir donné une suite suffisante à certaines recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation, notamment celles liées à la lutte contre l’impunité, à la préservation de la mémoire et à l’accès effectif des victimes à la justice.

Le rassemblement a ainsi remis au centre du débat la responsabilité de l’État marocain dans la protection des archives, la conservation des lieux liés aux disparitions et l’accès des familles aux informations concernant leurs proches. Les associations estiment que la réconciliation ne peut être dissociée de la reconnaissance des victimes et de l’établissement des responsabilités.

En portant à nouveau leurs revendications dans les rues de Rabat, les familles ont refusé que les disparitions forcées soient réduites à un chapitre ancien de l’histoire marocaine. Leur mobilisation entend maintenir vivante la mémoire des victimes et dénoncer ce qu’elles considèrent comme une impunité persistante face aux crimes commis sous le régime du Makhzen.

La campagne engagée le 30 août entend poursuivre cette mobilisation durant les prochaines semaines, avec un objectif affiché par ses initiateurs : faire de la vérité, de la justice et de la mémoire des exigences incontournables pour les victimes des disparitions forcées et leurs familles.

K.F

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