Ceuta : 152 millions d’euros perçus et un laisser-faire flagrant.. les manœuvres du Makhzen sous le feu des critiques

L’ampleur exceptionnelle de la vague migratoire vers Ceuta, les 29 et 30 juillet derniers, continue de susciter de vives interrogations sur la gestione sécuritaire du Makhzen au niveau de ses frontières nord. L’examen des faits révèle un décalage flagrant entre les financements colossaux accordés à Rabat et l’inertie des autorités marocaines à l’approche de cette crise.
Bien que le Maroc ait officiellement perçu 152 millions d’euros de l’Union européenne en 2023 pour le contrôle des frontières, les prétentions de Rabat qui affirme consacrer 500 millions d’euros par an à la surveillance de sa façade nord suscitent un scepticisme grandissant. Face à l’effondrement sécuritaire du 29 et 30 juillet, de telles annonces budgétaires sont fortement remises en question par les faits, révélant un gouffre entre les sommes revendiquées et la réalité du terrain.
Toutefois, les témoignages et éléments d’analyse mettent en évidence un attentisme flagrant de l’appareil sécuritaire du Makhzen. Alors que des appels massifs au franchissement circulaient ouvertement sur les réseaux sociaux, les premières mesures de filtrage aux nœuds de transport n’ont été déployées qu’un à deux jours avant le passage à l’acte. Ce manque d’anticipation contraste brutalement avec le verrouillage systématique habituellement opéré par le Maroc.
Cette défaillance opérationnelle a permis à des dizaines de milliers de personnes de converger vers l’enclave, débouchant sur un drame humain dont le bilan s’élève à au moins 94 morts (80 signalés par les autorités espagnoles et 14 corps repêchés côté marocain), sans compter de nombreux disparus.
Interrogé sur ces événements, Ricardo Fabiani, directeur du projet Afrique du Nord à l’International Crisis Group, pointe une absence totale de démarche préventive de la part des autorités marocaines, qualifiant l’attitude de Rabat d’” échec politique clair ” face à un scénario pourtant prévisible.
Pour des dizaines d’observateurs, d’experts et d’analystes politiques, cette gestion défaillante n’a rien d’un hasard. Ils soupçonnent ouvertement le Makhzen d’avoir délibérément relâché sa vigilance pour orchestrer une forme de chantage migratoire, utilisant sciemment ce flux humain comme un levier de pression géopolitique sur l’Espagne et l’Union européenne afin de rappeler que la sécurité des frontières européennes reste entièrement tributaire du bon vouloir de Rabat.
k.F














