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Assemblées annuelles de la BAD : l’Afrique plaide pour une souveraineté financière renforcée

Plusieurs dirigeants africains ont appelé, mardi à Brazzaville, à l’instauration d’une souveraineté financière renforcée du continent, fondée sur la mobilisation accrue des ressources internes et la réforme des mécanismes de financement du développement, dans un contexte de fortes tensions économiques mondiales.

S’exprimant lors des travaux des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), ils ont souligné l’ampleur des besoins de financement du continent, estimés à près de 400 milliards de dollars par an, face aux défis liés aux infrastructures, à l’énergie, à l’industrialisation, à la santé et à la création d’emplois.

Dans une allocution prononcée en son nom par la vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Selma Malika Haddadi, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a souligné que « le véritable enjeu est de savoir si nous pouvons mobiliser le financement avec l’ampleur, la rapidité et la qualité nécessaires pour transformer le potentiel africain en prospérité partagée ».

Selon M. Ali Youssouf, l’Afrique doit désormais « maximiser ses ressources domestiques, redéfinir ses cadres financiers et exploiter pleinement son capital humain et naturel », en allant au-delà des mécanismes classiques de financement.

Dans ce cadre, il a plaidé pour une mobilisation accrue des fonds de pension, des fonds souverains, des obligations vertes, des crédits carbone et des instruments financiers numériques afin de transformer l’épargne africaine en capital de long terme destiné au développement.

Le président de la Commission a également estimé que les institutions financières africaines multilatérales, à leur tête la BAD, doivent œuvrer conjointement pour mettre en place des cadres d’investissement sécurisés capables d’orienter les capitaux africains vers des projets régionaux à fort impact.

Il a, en outre, qualifié de « transformation historique » la création récente de l’Agence africaine de notation de crédit (AFTA), mise en place par l’Union africaine afin de corriger ce qu’il a présenté comme un déséquilibre structurel dans l’évaluation des risques africains.

« Pendant des décennies, l’accès de l’Afrique à des notations de crédit équitables est resté limité par des agences internationales appliquant des méthodologies qui amplifient systématiquement la perception du risque africain », a-t-il soutenu, estimant que cette situation a entraîné une hausse injustifiée des coûts d’emprunt et découragé les investissements.

Cette nouvelle agence permettra aux pays africains d’obtenir des évaluations « plus objectives et mieux adaptées aux réalités du continent », contribuant ainsi à réduire le coût du capital et à renforcer l’indépendance financière africaine, a-t-il ajouté.

Le responsable a également rappelé que l’Union africaine poursuit les efforts visant à mettre en place plusieurs institutions financières continentales, notamment la Banque africaine d’investissement, le Fonds monétaire africain, la Banque centrale africaine et la Bourse panafricaine, dans l’objectif de consolider l’intégration économique et la gestion de la liquidité à l’échelle continentale.

Le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, a pour sa part souligné la nécessité d’adapter les banques de développement à un environnement économique mondial plus exigeant.

Il a appelé à des réformes institutionnelles visant à améliorer les capacités d’exécution, simplifier les procédures et accélérer l’impact des financements.

M. Ould Tah a également insisté sur le renforcement des mécanismes de partage des risques et des garanties afin de mobiliser davantage de capitaux privés, estimant que « beaucoup de projets n’atteignent pas le stade de bancabilité ». Il a indiqué qu’un seul projet africain sur dix atteint aujourd’hui la clôture financière.

Le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, a de son côté estimé que le financement du développement en Afrique nécessite des approches plus ambitieuses et une dynamique plus cohérente.

Il a appelé à approfondir les marchés financiers africains, renforcer les institutions régionales et développer les mécanismes de garantie et de financement mixte afin de mobiliser davantage de capitaux au service des projets structurants.

« L’enjeu n’est pas seulement de trouver davantage de ressources, mais aussi de mieux les orienter et les utiliser au service d’investissements capables de transformer durablement les conditions de vie des populations africaines », a-t-il déclaré.

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